Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 21:03

Depuis l’année dernière, c’était un débat intellectuel qui n’avait pas d’écho politique. La sortie médiatique d’un député de la majorité, en l’occurrence Jean-Claude Ibovi, la semaine dernière, donne une dimension politique à ce débat et, conséquemment, invite à constater que le pays a un problème: celui de sa constitution qui ne sied plus au contexte du moment. On tombe presque des  nues: que faut-il y comprendre?

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La constitution de 1992, dont les principes de base furent édictés par la conférence nationale souveraine, fut considérée, au sortir de la guerre de 1997, comme mauvaise, parce que source de conflits. Je fus de ceux-là qui partageaient ce point de vue. A travers le prisme de notre culture, un chef est un chef. En conséquence, le régime présidentiel est celui qui convient le mieux, à notre réalité culturelle, pour donner à celui qui a eu l’honneur de récolter la confiance du souverain primaire pour présider aux destinées de la nation, la chance de réaliser son projet de société, à l’abri des crises politiques créées artificiellement par des basculements manipulés de majorité à l’assemblée nationale (principe de régime semi-présidentiel, avec un premier ministre issu de la majorité).

Je fus donc parmi ceux qui donnèrent de la voix pour soutenir la constitution du 20 janvier 2002, qui instaure un régime présidentiel (l’assemblée nationale ne pouvant pas censurer le gouvernement, donc le renverser; et le président de la République ne pouvant pas dissoudre l’assemblée nationale). Ce principe a l’avantage de garantir la stabilité des institutions et donc, de créer les conditions de mener à bien le travail de développement dont le pays a besoin.

Comme le destin de toute constitution, dans nos Etats en développement peu aptes à respecter leurs propres lois, la loi fondamentale du 20 janvier 2002 souffre, il faut le reconnaître, de nombreuses atteintes qui ont fini par l’affaiblir. Les cas les plus flagrants sont le maintien d’institutions non renouvelées conformément à la constitution, alors que rien ne s’y oppose et que rien n’empêche de procéder au renouvellement des mandats. En 2009, l’opposition dressa un catalogue d’atteintes à cette constitution par le pouvoir lui-même et appela à un changement de constitution. La majorité, toute préoccupée à faire réélire son candidat, resta sourde à cette initiative. Voilà que maintenant, des voix dans le camp présidentiel s’élèvent, pour dire qu’il faut changer de constitution.

Le député Jean-Claude Ibovi pose un problème pertinent et profond: celui de la responsabilité de l’exécutif. Dans la constitution actuelle, les ministres sont responsables devant le président de la République. Mettant en avant des considérations politiques, l’actuel président de la République a fini par créer un sentiment d’impunité dans la gestion de la chose publique. Que ça marche ou ça ne marche pas, personne n’est appelé à répondre de sa responsabilité! On a, plusieurs fois, sifflé la fin de la récréation et pourtant, elle continue allègrement. Même les évaluations trimestrielles, destinées, pourtant, à stimuler l’émulation pour rendre plus dynamique l’action du gouvernement, sont, tout d’un coup, devenues globalement positives.

Face à cela, Jean-Claude Ibovi propose le retour au régime semi-parlementaire. Pour que les ministres soient responsables devant le parlement qui peut les censurer. Que faut-il en penser? Par deux fois, ce régime nous a créé de sérieux problèmes: en 1959, entre Youlou et Opangault, et en 1993, entre Lissouba, d’un côté, et Kolélas et Sassou, de l’autre, et tous les rebondissements qui s’en sont suivis. A mon humble avis, le régime présidentiel est celui qui garantit le mieux la stabilité des institutions, dans un contexte culturel comme le nôtre où les ambitions politiques vont, parfois, jusqu’à sacrifier ce que la nation doit avoir de fondamental: son unité. L’actuelle constitution, même si elle peut être réformée pour d’autres raisons, n’a pas encore, en réalité, donné la pleine mesure de ses effets. Il suffirait, par exemple, au président Denis Sassou Nguesso, de dépoussiérer son discours d’investiture d’août 2009, pour que, véritablement, la classe politique aux affaires se mette devant sa responsabilité de résoudre les problèmes lancinants des populations, comme la santé, l’école, l’électricité, l’eau, le pouvoir d’achat, l’emploi, etc. C’est indubitable qu’il y a des réalisations. Mais, le rythme laisse à désirer et vu l’importance des ressources budgétaires, il y a bien des difficultés sociales qui ne seraient plus qu’un mauvais souvenir, aujourd’hui.

Somme toute, il faut reconnaître à Jean-Claude Ibovi, tout député de la majorité qu’il est, le courage d’avoir porté, maintenant, le débat de la constitution, dans le champ politique. Car, il est un secret de Polichinelle qu’avec l’horizon 2016, c’est une grande préoccupation au niveau de la majorité. Il n’y a plus rien à cacher. Je présume que le débat s’avère houleux !

(Article extrait de La Semaine africaine du 3 novembre 2011)

Commentaire  
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     Le défunt Président Fulbert YOULOU

Il suffit de lire ce texte pour comprendre le Congo est aux mains des fossoyeurs de ce pays et des Congolais depuis la chute du président Youlou et de son Vice-président Jacques Opangault avec lequel il s'était reconcilié après une guerre civile pour cause de crise pré-électorale.
La constitution de 2002 a été élaborée pour une personne Sassou afin qu'il conserve le pouvoir jusqu'à la fin de la vie, mais non pour l'intérêt du peuple congolais !

Sassou, un petit monarque d'Oyo !
Par EFL
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Dimanche 10 avril 2011 7 10 /04 /Avr /2011 10:58

Rappel historique  Drapeau_CB.jpg

 

Le président Fulbert Youlou soucieux de la réussite de l'élite congolaise fit acheter une maison des étudiants à Paris dans le 11ème arrondissement à la rue Béranger près de la place de la République. Cet immeuble de plusieurs étages sera baptisée par les étudiants congolais : la MEC (maison des étudiants congolais). Les premiers étudiants qui n'avaient pas lieu à Paris atterrissaient jusqu'à ce qu'ils volent de leurs ailes ! Voilà une démarche politique pour la relève du pays. La MEC fut vendue par la clique Yhombi-Sassou, illettrés ou petits lettrés du Congo post colonial, et surtout ennemis des compétents congolais ! C'est sous la présidence de Giscard et le gouvernement de Raymond Barre, ennemi de cadres et intellectuels africains combattant le néocolonialisme sur le continent européen et ses valets locaux en Afrique. Le droit de la dénonciation fut abolie par l'interdiction de l'existence de l Feanf (fédération des étudiants d'Afrique noire francophone) syndicat des étudiants rassemblant toutes les associations d'étudiants africains. Pour le Congo, ce fut l'AEC (association des étudiants Congolais) à laquelle j'ai appartenu en débarquant en France le 26 septembre 1976 à Paris pendant trois semaines puis à Bordeaux pour poursuivre mes études. Je laissais mes parents et ma terre jusqu'à ce jour ! La Feanf s'occupe entre autre de l'accueil des étudiants débarquant en France. En effet nous fumes accueillis à l'aéroport de Roissy et conduits jusqu'à l'hôtel ou résidence réservé par l'OCAU (Office de coopération et d'accueil universitaire) qui se trouvait sur le quai d'Orsay. L'Ocau payait les bourses aux nouveaux venus mais il n'existe sans doute plus ! Quelle époque pour les jeunes étudiants perdus dans cette région aux hivers rudes neuf mois sur douze ! 

 

L'article ci-dessous montre l'état de dégradation de notre sous le PCT surtout sous Sassou. Il faut que notre génération d'étudiants ayant bénéficié de bonnes conditions d'études puisse avoir pitié des générations suivantes et honte pour elles, car depuis la fin des années 1970 c'est la descente en enfer ! 

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Samedi, 09 Avril 2011 10:45

 

Les combats entre pro-Gbagbo et pro-Ouattara, qui se sont intensifiés, ces derniers jours, à Abidjan, affectent des milliers de civils, parmi eux de nombreux étudiants congolais. La plupart d’entre eux, une soixantaine environ, étaient partis en Côte d’Ivoire, il y a trois ans, sur fonds propres, l’Etat ayant demandé à leurs parents de pré-financer les titres de voyages. D’après les informations qui nous parviennent, ces étudiants, pris entre deux feux, sont sans assistance. Ils affirment qu’ils sont abandonnés à eux-mêmes. Leurs appels incessants aux autorités congolaises, pour les tirer d’affaires, dans le déluge des balles qui pleuvent sur Abidjan, demeurent sans réponse. Où est donc la solidarité nationale? Alors que la plupart des gouvernements africains sont en train de sécuriser leurs ressortissants de Côte d’Ivoire, le gouvernement congolais devrait, aussi, faire autant. Par ailleurs, les parents de ces étudiants, inquiets et sans nouvelles rassurantes, réclament le remboursement des titres de transport de leurs enfants, que l’Etat n’arrive pas à honorer, selon certains, malgré les engagements pris par le gouvernement.

 

Extrait de la Semaine africaine du 9 avril 

Par EFL
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Lundi 16 août 2010 1 16 /08 /Août /2010 22:59

 

CINQUANTENAIRE DE L’INDEPENDANCE DU CONGO


 MESSAGE DES EVÊQUES DU CONGO 

 « Avancer au large! » (Lc 5,4) 

 

Salutation et Vœux : Bonne Fête de l’Indépendance !

1. A vous, Filles et Fils de notre Nation congolaise, Peuple de Dieu : Bonne Fête du Cinquantenaire de l’Indépendance ! « Que la grâce et la paix vous soient accordées avec abondance, par la vraie connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ! » (2P 1,2).

2. La République du Congo célèbre son Jubilé d’Or, ce 15 août 2010, à l’occasion du Cinquantenaire de son existence comme pays indépendant. C’est une grande fête qui concerne aussi l’Eglise au Congo et fait à nouveau résonner dans notre cœur, cette parole évangélique, par laquelle le Pape Jean-Paul II invitait le Peuple de Dieu, à l’aube du troisième millénaire, à « avancer au large » (Lc 5,4), à avoir confiance en l’avenir, à « ne pas avoir peur » : « Duc in altum ! » (Lc 5,4).

3. Cinquante ans d’indépendance sont, avant tout,  l’occasion d’une action de grâce à Dieu, Maître de l’histoire qui ne cesse de manifester sa sollicitude, sa miséricorde, sa proximité à ses enfants. Que cette célébration soit une occasion à ne pas manquer pour « faire mémoire avec gratitude du passé, vivre avec passion le présent et nous ouvrir avec confiance à l’avenir » (Pape Jean-Paul II, Grand Jubilé de l’An 2000). 

FAIRE MEMOIRE DU PASSE AVEC GRATITUDE

4. Les élites congolaises se sont éveillées à la responsabilité politique de différentes manières,   par diverses modalités et selon différents parcours. Nous ne pouvons pas ne pas faire mention des personnalités qui ont émergé dans le paysage politique de notre pays, au lendemain de la guerre (1939-1942), plus précisément à partir de 1946 ; à savoir : Jean-Félix TCHICAYA et Jacques OPANGAULT. C’est un peu plus tard que l’Abbé Fulbert YOULOU les y rejoint. Et c’est finalement avec lui, comme premier responsable, que notre pays accéda à sa pleine souveraineté, le 15 août 1960.

5. Cette date du 15 août n’est pas le fruit du hasard. Elle fut choisie intentionnellement et symboliquement par l’Abbé Fulbert YOULOU, premier Président de la République, pour consacrer notre pays à la Vierge Marie. Ainsi chaque année, à l’occasion de la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, nous commémorons la date anniversaire de notre Indépendance et renouvelons cette consécration, en honorant la Mère de Dieu.6. L’initiative de l’Abbé Fulbert YOULOU qui dirigea la classe politique ayant conduit notre nation congolaise aux fonts baptismaux, relève tout simplement des racines chrétiennes de notre Nation qui s’est construite sur les valeurs de l’Evangile, grâce à la majorité de ses cadres baptisés, formés à l’Ecole missionnaire et éduqués dans la foi chrétienne. Il nous faut aussi rendre un hommage à tous les acteurs sociaux, économiques, politiques qui ont contribué, d’une manière ou d’une autre, avec leurs limites, à l’évolution de notre pays.

7. Par la suite, les Eglises chrétiennes, mises violemment à l’écart par la révolution prolétarienne, marxiste-léniniste, ont été appelées à la rescousse, à travers la personne de Monseigneur Ernest KOMBO, pour présider la Conférence Nationale Souveraine, tenue du 25 février au 10 juin 1991. Ces assises nationales ont offert au Congo, un moment historique qui permit à la classe politique de faire le point sur l’état de la nation, depuis l’indépendance.

8. Dans la formation des esprits et le façonnement des mentalités, le rôle des Eglises Chrétiennes, et particulièrement celui de l’Eglise Catholique, ne peut être ignoré. On a toujours souligné la contribution de l’Eglise à l’œuvre d’élévation intellectuelle et d’édification morale de notre nation, basée  sur des principes sinon d’amour, du moins d’égalité et de justice entre tous les hommes. On compte parmi les esprits les plus féconds, dans l’ordre de la responsabilité  politique et de la rationalité scientifique, de très nombreux anciens élèves des écoles chrétiennes. Les fidèles laïcs ont compris très tôt, ce qu’était leur rôle spécifique pour la construction de la nation.

9. Malgré l’incompréhension malheureuse qui a prévalu pendant le temps de la révolution dite  marxiste-léniniste, le peuple congolais, enraciné dans la tradition chrétienne, a continué à proclamer que l’expérience religieuse fait partie de l’expérience humaine. Elle est un élément vital pour la construction de la personne et de la société à laquelle les hommes appartiennent. En effet, lorsque l’homme réduit sa sphère de valeurs aux seules exigences de la production, du marché, de la consommation et du gain effréné, il met en danger le respect des droits humains, il perd sa dignité, et engendre lutte et division.

REGARD LUCIDE

10. Le Congo a vécu, à certaines périodes de ses cinquante ans d’indépendance, de longues et douloureuses années de guerre, qui ont semé mort et destruction, anéantissant biens et énergies, ouvrant ainsi des blessures destinées à faire souffrir longtemps encore grand nombre de nos compatriotes. Le temps de ce Jubilé d’Or de notre pays, pour reprendre les paroles du Pape Jean-Paul II, dans sa Bulle d’indiction du Grand Jubilé de l’An 2000 (n° 2) : « nous introduit dans le vigoureux langage qu’emploie la pédagogie divine du salut pour inciter l’homme à la conversion et à la pénitence, principe et voie de sa réhabilitation, et conditions pour retrouver ce qu’il ne pourrait atteindre par ses seules forces ».

11. Parler de ces guerres aujourd’hui, nous invite à réfléchir aux souffrances que toute guerre inflige à la communauté des peuples, en définitive à l’humanité elle-même, pour dire ensemble, aujourd’hui et à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de notre pays : « plus jamais ça ! », pour demander pardon à Dieu et pour se pardonner mutuellement, car, comme le déclare l’Archevêque Anglican Desmond TUTU, à propos de l’Afrique du Sud : « Il n’y a pas d’avenir sans pardon ». L’évocation de la guerre en cette circonstance est donc un appel à la paix définitive et profonde, qui devient à la fois prière et engagement concret. Ce Jubilé doit être plus que jamais, pour reprendre ces paroles du Pape Jean-Paul II : « ce lien intrinsèque qui unit une authentique attitude religieuse et le grand bien de la paix » (Pape Jean-Paul II, Assise).

12. L’évaluation que nous avons à faire de l’état de la nation, a déjà été en grande partie brossée avec franchise au plus haut sommet de l’Etat, par le Président de la République, lors de son discours d’investiture, l’an dernier :« Je ne surprends personne, - disait-il – en affirmant qu’en dépit de nos efforts multiformes, notre pays n’est pas encore, hélas, exempt de corruption, de concussion, de fraude, de détournement de deniers publics et d’autres actes tout autant répréhensibles que néfastes à l’accomplissement du bonheur collectif » (Discours d’investiture, 2009).

13. Cinquante ans après l’Indépendance, ce tableau sur notre administration, qui interpelle nos responsables actuels, demeure sombre. Au sortir de la colonisation, la population qui était encore marquée par une certaine rigueur morale et éthique de l’administration coloniale, trouve ces comportements déviants, immoraux et inacceptables. Il y a un effritement progressif et même déjà avancé, des valeurs qui fondent une nation prospère, comme : la conscience professionnelle, l’amour du travail bien fait, le sens de la responsabilité et l’honnêteté. Les anti-valeurs telles que mentionnées dans le Discours d’investiture du Président de la République, l’an dernier, s’affichent sans gêne et sans réserve dans le comportement de bon nombre de citoyens et, malheureusement, de responsables. Tout cela ne peut qu’avoir comme conséquence, la paupérisation grandissante de la population.

14. Il faut l’avouer humblement : le peuple souffre, le peuple peine à vivre, ce qu’il ne mérite pas, au vu de l’abondance des ressources dont nous disposons, renforcée tout récemment par les annulations en cascade des dettes, dans le cadre de l’admission de notre pays au point d’achèvement de l’initiative pays pauvres très endettés (PPTE).

15. Comme le signale le Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise(CDSE, n° 447) : « Parmi les causes qui concourent le plus à déterminer le sous-développement et la pauvreté, en plus de l’impossibilité d’accéder au marché international, il faut mentionner l’analphabétisation, l’insécurité alimentaire, l’absence de structures et de services, le manque de mesures pour garantir l’assistance sanitaire de base, le manque d’eau potable, la corruption, la précarité des institutions et de la vie politique elle-même. Il existe un lien, dans de nombreux pays, entre la pauvreté et le manque de liberté, de possibilités d’initiative économique, d’administration de l’Etat capable de mettre en place un système approprié d’éducation et d’information ». A nous qui sommes responsables, d’une manière ou d’une autre de cet état déplorable de notre peuple, le Seigneur, par la bouche du Prophète Ezéchiel, ne nous adresse-t-il pas cette interpellation lancée à l’endroit des dirigeants d’Israël : « Le malheur est sur vous, bergers d’Israël ! Vous ne prenez soin que de vous-mêmes ! N’est-ce pas du troupeau que les bergers doivent prendre soin ? Or vous en prenez le lait pour vous nourrir, la laine pour vous habiller et vous abattez les bêtes les plus grasses. Vous n’agissez pas en bergers » (EZ 34,2-3).

SURSAUT SPIRITUEL ET MORAL

16. Nous devons maintenant regarder devant nous, nous devons être des« Congolais debout », comme nous l’invite notre hymne National qui, ces jours-ci, retentit naturellement dans nos cérémonies publiques. Nous devons« avancer au large », confiants dans la parole du Christ : Duc in altum ! (Lc 5,4).

17. Ce que nous avons fait de notre nation, pour le meilleur, comme pour le pire, ne saurait justifier un sentiment d’assouvissement et encore moins nous amener à une attitude de démobilisation et de résignation. Notre passé doit susciter en nous, un dynamisme nouveau qui nous incitera à investir en initiatives concrètes, l’enthousiasme que le Congo a éprouvé à l’aube de l’indépendance. Jésus lui-même nous avertit : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le Royaume de Dieu » (Lc 9,62).

18. En Afrique, nous sommes de plus en plus préoccupés par des problèmes sociaux. La question numéro un, avant la famille et la sécurité de l’emploi, c’est la santé et l’éducation. Chez nous, l’infrastructure sanitaire, après avoir été détruite durant les heures sombres qui suivirent l’accession à l’indépendance, est loin de répondre aux besoins de la population et nécessite actuellement une réfection importante. Du reste, le problème de l’éducation scolaire demeure. Il n’est pas seulement celui de la qualité et de la finalité de l’école congolaise, mais davantage celui de la création des emplois après la sortie de celle-ci, par une volonté politique caractérisée.

19. Nous encourageons les efforts de nos responsables, pour un redressement vigoureux des structures sanitaires et éducatives à tous les niveaux. L’Eglise ne peut que s’engager à participer à un tel programme qui lui a toujours été familier, par la tenue des écoles et des hôpitaux bien avant l’indépendance de notre pays.Elle souhaite, comme aux premiers temps de l’indépendance, se constituer en vraie partenaire de l’Etat, en matière d’éducation et de santé publique, à travers la signature des protocoles d’accord. N’oublions pas qu’en ce domaine : « au commencement était l’Eglise » !

20. Lors du sommet du Millénaire en 2000 à New York, les Etats, dont le Congo notre pays, se sont engagés à lutter contre la pauvreté et les inégalités, an adoptant huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). L’An 2015 approche et on peut dire par une citation que « les espoirs de développement, alors si vifs, semblent aujourd’hui beaucoup plus éloignés encore de leur réalisation »  (Pape Jean-Paul II, Encyclique : Sollicitudo Rei Socialis, n° 12).

21. L’Eglise au Congo encourage la poursuite de ces objectifs qui visent en même temps la réduction de moitié du nombre des plus pauvres, de ceux qui souffrent de la faim et de ceux qui n’ont pas accès à l’eau potable. L’impact social et les résultats attendus sont importants pour notre Nation : « Réduire la mortalité des enfants de moins de cinq ans,  Améliorer la santé maternelle »(OMD, n° 5), Assurer un environnement durable (OMD, n° 7) et en général, Réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau potable, car« L’eau, c’est la vie ! ». Ne dit-on pas : « Anima sana in corpore sano » !

LE MOMENT FAVORABLE : LE « KAIROS »

22. Dans son Message pour la Journée Mondiale de la Paix de 2002, le Pape Jean-Paul II est même arrivé à dire : « Il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon ». Ce message est maintenant continûment répété au monde par le Pape Benoît XVI. Cet appel est même devenu un leitmotiv de son pontificat qui rappelle le devoir du pardon entre les personnes et les peuples du monde entier. Sa dernière encyclique Caritas in veritate est tout entière un appel à cet aspect essentiel de l’identité chrétienne et de la coexistence humaine elle-même.

23. La deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques, tenue à Rome, en octobre 2009, a été tout entier consacré à ce thème et à l’appel lancé par le Pape Benoît XVI pour une réconciliation des âmes en Afrique. La véritable paix, celle que Jésus nous a laissée, s’appuie sur la justice, s’épanouit dans l’amour et la réconciliation. En effet : « La paix n’est pas une pure absence de guerre, et elle ne se borne pas seulement à assurer l’équilibre de forces adverses ; elle ne provient pas non plus d’une domination despotique (…) elle est œuvre de justice » (Gaudium et Spes, n° 78) et, comme telle, elle n’est jamais acquise une fois pour toutes : « Elle se construit jour après jour, dans la poursuite d’un ordre voulu de Dieu, qui comporte une justice  parfaite entre les hommes » ( Pape Jean XIII, Encyclique : Pacem in terris, AAS 55 (1963), p. 896).

ORIENTATIONS PARTICULIERES

24. La civilisation actuelle se préoccupe plus que jamais du développement des biens matériels. Mais elle engendre aussi une série de comportements, dans lesquels la sensibilité à la dimension spirituelle de l’existence a diminué. C’est pourquoi, au terme de ce message, nous ne pouvons pas ne pas évoquer le concept de développement selon l’Eglise, défini par le Pape Paul VI, dans son Encyclique « Populorum Progressio », sur le développement des peuples : « Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme » (Pape Paul VI, Encyclique : Populorum Progressio, n° 14). Comme l’a souligné un éminent expert : « Nous n’acceptons pas de séparer l’économie de l’humain, le développement des civilisations où il s’inscrit. Ce qui compte pour nous, c’est l’homme, chaque homme, chaque groupement d’hommes, jusqu’à l’humanité tout entière » (L.-J. Lebret, Dynamique concrète du développement, Paris, les Editions Ouvrières, 1961, P. 28)

25. La Doctrine Sociale de l’Eglise, qui s’inspire de l’Evangile, constitue notre référence. Elle nous conduit à promouvoir les principes qui fondent notre être social et qui doivent inspirer tout programme politique, parmi lesquels : la paix, la vérité, la liberté, la justice, la solidarité, le respect de la vie, du bien commun et de l’environnement.  En effet, « l’Eglise ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible. Elle ne peut ni ne doit se mettre à la place de l’Etat. Mais elle ne peut ni ne doit non plus rester à l’écart dans la lutte pour la justice. Elle doit s’insérer en elle par la voie de l’argumentation rationnelle et elle doit réveiller les forces spirituelles sans lesquelles la justice, qui requiert aussi des renoncements, ne peut s’affirmer ni se développer » (Pape Benoît XVI, Encyclique : Deus Caritas est , n° 28).

26. C’est pourquoi, Fidèle à sa tradition qui s’enracine dans la Bible et le Magistère, la Conférence Episcopale du Congo a, depuis lors, multiplié des déclarations et messages. Au nom de cette mission, elle a annoncé, dénoncé,  interpellé, exhorté, proposé, encouragé et indiqué des voies de sortie de crise. Car, le monde que l’Eglise  « a ainsi en vue est celui des hommes, la famille humaine tout entière avec l’univers au sein duquel elle vit. C’est le théâtre où se joue l’histoire du genre humain, le monde marqué par l’effort de l’homme, ses défaites et ses victoires. Pour la foi des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l’amour du Créateur » (Vatican II, Décret : Gaudium et Spes, n° 2).

CONCLUSION – PRIERE

27.  « Avancer au large ! » (Lc 5,4). Dieu nous donne tout, c’est-à-dire, la liberté de cœur et d’esprit et la capacité de changer les choses, pour aller de l’avant, afin de développer notre pays dans la paix. Car, poursuit le Pape Paul VI, « si le développement est le nouveau nom de la paix, qui ne voudrait y œuvrer de toutes ses forces ? » (Populorum Progressio, n° 87). C’est pourquoi il a présenté le développement des personnes et des peuples comme« le nouveau nom de la paix ». Le destin de notre pays est aussi entre nos mains. Le Christ, contemplé et aimé, nous invite une nouvelle fois à nous remettre en marche, à l’occasion de ce Jubilé d’Or de notre pays. Il s’est fait notre compagnon de route, avec la Vierge Marie, Modèle de l’Eglise sans tache, Patronne du Congo-Cinquantenaire.

28. En réfléchissant sur notre existence avec un esprit de foi comme la Vierge Marie l’a fait, il nous sera possible de parcourir des routes inconnues et imprévisibles pour « avancer au large » (Lc 5,4) et ainsi, « aller de l’avant » et répondre avec une adhésion renouvelée à Dieu et à son dessein d’amour sur le chemin du deuxième cinquantenaire : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous ! » (Ave Maria).

« Bonne Fête de l’Assomption de la Vierge Marie !

Bonne Fête du Cinquantenaire de notre Indépendance ! »

Fait à Brazzaville, le 12 août 2010

Pour les Evêques du Congo

 1. Mgr. Anatole MILANDOU, Archevêque de Brazzaville.

 2. Mgr. Jean-Claude MAKAYA-LOEMBA, Evêque de Pointe-Noire.

3. Mgr. Daniel MIZONZO, Evêque de Nkayi.

4. Mgr. Yves Marie MONOT, Evêque de Ouesso.

5. Mgr. Jean GARDIN, Préfet  Apostolique de la Likouala.


 

Monseigneur Louis PORTELLA-MBUYU,

Evêque de Kinkala,

Administrateur Apostolique d’Owando,

Président de la Conférence Episcopale du Congo


Par EFL
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Mardi 4 mai 2010 2 04 /05 /Mai /2010 19:46

5 mai 1972 – 5 mai 2010 : Il y a trente-huit ans, le premier président du Congo quittait la terre des hommes

 

Alors que le pays a entamé les manifestations marquant le cinquantenaire de son indépendance, la date anniversaire de la disparition du premier président congolais, mort en exil, à Madrid (Espagne), le 5 mai 1972, risque de passer inaperçu. Il y a 38 ans, en effet, que le premier chef d’Etat, qui a conduit le Congo à l’indépendance, quittait la terre des hommes. Le président Marien Ngouabi eut la hauteur d’esprit de permettre à ses compatriotes de lui rendre un hommage ultime. Sa dépouille fut ainsi rapatriée à Brazzaville et après trois jours de recueillement et de prière en la cathédrale Sacré-Cœur, il fut inhumé en sa terre natale de Madibou, le 16 décembre 1972. Bannie par les régimes révolutionnaires qui se sont succédé à la tête du pays du pays depuis 1963, sa mémoire a été réhabilitée par la Conférence nationale souveraine de 1991 et le gouvernement du président Denis Sassou Nguesso lui a consacré un monument devant la mairie de Brazzaville, là où se tint la cérémonie de proclamation de l’indépendance de la République du Congo.

Le président abbé Fulbert Youlou.
L’abbé Fulbert Youlou est l’un des hommes politiques populaires de l’histoire du Congo, quoique sa vie politique fut controversée. Il est le premier chef d’Etat qui, tout d’abord, en tant que chef du gouvernement, chapeaute la naissance de la République du Congo, le 28 novembre 1958, et qui, le 15 août 1960, conduit son pays à l’indépendance. Prêtre catholique ordonné le 9 juin 1946, il s’engagea en politique un an après son ordination sacerdotale, contre le gré de ses supérieurs qui le lui firent savoir, en le révoquant des ordres, jusqu’à lui interdire de porter la soutane, très à  la mode, à l’époque. Un prêtre missionnaire français l’encouragea, pourtant, dans sa vie politique. Il s’agit du père Charles Lecompte, présenté, parfois, comme son maître à penser. C’est par un échec que le prêtre congolais commence sa vie en politique, en se faisant battre aux élections territoriales de 1947.

En 1955, il réussit à se faire élire aux élections législatives. Commence, alors, une carrière politique au cours de laquelle il va connaître une ascension rapide. Pour s’y faire, il crée, le 17 mai 1956, un parti politique: l’U.d.d.i.a (Union démocratique pour la défense des intérêts des Africains) d’obédience chrétienne libérale, mais dont l’emblème est le caïman. Très vite, il jouit d’une popularité mythique dans les rangs de ses partisans originaires du Pool. Le premier grand succès de son parti sera aux élections municipales de 18 décembre 1956 où il emporte les trois mairies de Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie. Fulbert Youlou devient ainsi maire de la capitale. Mais, le départ de son vice-président, Simon Kikounga Ngot, qui crée son propre parti, et se rapproche de la coalition formée par le M.s.a (Mouvement socialiste africain) de Jacques Opangault, et le P.p.c (Parti progressiste congolais) de Félix Tchicaya, le prive de l’électorat du Niari. L’U.d.d.i.a arrive en seconde position, derrière la coalition menée par Jacques Opangault, aux élections territoriales de 1957, destinées à élire le chef du territoire du Moyen-Congo. Mais, la différence n’est que d’un siège (23 contre 22). Un siège qui fera le malheur du Congo, avec l’affaire du député du Niari, Georges Yambot, qui, en quittant la coalition du M.s.a et en rejoignant l’U.d.d.i.a, fait basculer la majorité en faveur de Fulbert Youlou, accusé d’avoir corrompu le représentant du Niari. La crise politique qui s’en suit trouve une issue dans la formation d’un gouvernement d’union U.d.d.i.a-M.s.a, conduit par Fulbert Youlou et dont Jacques Opangault est le vice-président.

A la proclamation de la République, le 28 novembre 1958, l’U.d.d.i.a et le M.s.a ne s’entendent pas sur le contenu de la nouvelle Constitution, lors de la séance de l’assemblée territoriale à Pointe-Noire. Pris de colère, les députés de la coalition M.s.a claquent la porte de l’assemblée et, derrière eux, les députés de l’U.d.d.i.a votent les nouveaux textes. Le conseil du gouvernement est remplacé par un gouvernement provisoire dirigé par Fulbert Youlou, l’assemblée territoriale devient législative et son siège est transféré de Pointe-Noire, où des troubles éclatent, à Brazzaville, où l’U.d.d.i.a compte le plus grand nombre de ses partisans.

Mais, la crise va atteindre Brazzaville, plus tard, le 16 février 1959, lorsque le M.s.a exige la dissolution de la chambre selon l’accord signé avec l’U.d.d.i.a, pour reprendre les élections. La violence éclate à Poto-Poto et embrase la ville. Il y aurait eu une centaine de morts et des maisons incendiées. C’est la fameuse guerre de 1959. Fulbert Youlou finira par s’entendre avec son principal adversaire et aîné, Jacques Opangault, non sans lui avoir, d’abord, fait subir la prison et affaibli son parti, le M.s.a, qui a perdu un grand nombre de députés. En effet, après la proclamation de l’indépendance, le 15 août 1960, Fulbert Youlou forme un gouvernement d’ouverture dans lequel Jacques Opangault fait son entrée en tant que ministre d’Etat et vice-président du conseil.

Mais, le président Youlou, qui renforce son pouvoir personnel, en faisant voter une Constitution de type présidentiel, se heurte à l’opposition des syndicalistes, lorsqu’il veut mettre en route son projet de parti unique, à partir d’août 1962. Pourtant, les deux autres partis politiques, le M.s.a et le P.p.c, approuvent ce choix. Le 13 août 1963, les syndicalistes déclenchent un mouvement qui débouche, le 15 août, sur la démission du premier chef d’Etat du Congo. Arrêté et jeté en prison, au camp militaire, puis au camp de la gendarmerie au Djoué, Fulbert Youlou s’évade et rejoint Kinshasa (à l’époque Léopoldville), le 25 mars 1965. Il sera condamné, le 8 juin 1965, par contumace, à la peine capitale, par un tribunal populaire institué par le régime socialiste dirigé par Alphonse Massamba-Débat. Ayant refusé l’aide du président Kasavubu de reconquérir le pouvoir par les armes avec le soutien des mercenaires, il prend le chemin de l’exil à Madrid, en Espagne, la France ayant refusé de l’accueillir. Il meurt en exil, le 5 mai 1972, d’une hépatite, à l’âge de 55 ans.

(Article extrait de la Semaine africaine du 30 avril 2010)
Par Dr LOUBELO Eugène Fernand
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Jeudi 28 mai 2009 4 28 /05 /Mai /2009 13:14
In memoriam

Le président Fulbert Youlou toujours présent parmi nous 


Le 5 mai 2009, nous avons commémoré le 32ème anniversaire de la disparition de l’abbé Fulbert Youlou, premier président de la République du Congo. Pour la circonstance, une modeste cérémonie, essentiellement une messe, a été organisée à Madibou, par la famille du regretté président de la République. Dans l’assistance, outre la famille et les voisins, l’on reconnaissait les anciens ministres Aimé Matsika, Bonaventure Mbaya et la famille Opangault, représentée par deux de ses fils. La messe a été célébrée par l’abbé Sébastien Zoubakela, le curé de la paroisse de Madibou et son vicaire.

Fulbert Youlou

Dans son homélie, l’abbé Zoubakéla a, essentiellement, insisté sur les points  suivants :
- la vie et la mémoire du défunt président congolais ;
- la lutte contre l’oubli ;
- l’environnement politique congolais en 2009, dont l’épicentre sera les élections présidentielles au mois de juillet.

L’homélie du célébrant nous a invité à cogiter sur cette étape de la brève mais  combien tumultueuse vie de notre pays et deux faits imminents nous font réfléchir  sur l’héritage politique de l’abbé président :
- les prochaines échéances électorales;
- l’érection de la statue du président Youlou et de celle de son vice-président, mais  non moins adversaire politique, Opangault Jacques.

L’élection présidentielle, dans notre pays, prévue le 12 juillet prochain, fait ressurgir, dans le fort-intérieur des Congolais, leur vécu quotidien, tel que chacun le ressent, et réveille leur imaginaire dans lequel ils projettent leur avenir, celui de leurs enfants et  de la nation entière. Ces différents ressentiments s’expliquent par le fait que, par  leur choix, ils vont désigner ceux qui auront en charge la gestion de la nation entière,  pendant plusieurs années.

En nous recentrant dans l’espace et surtout le temps, il ressort que le Congo soufflera ses cinquante bougies en 2010 et ce sera l’occasion de mesurer le chemin parcouru, loin des passions et autres discours partisans, en plaçant notre conscience individuelle et collective comme devant un miroir qui ne déformerait pas la vérité.
Aussi, de manière synthétique, l’on peut affirmer que le destin de notre pays n’en demeure pas moins tragique, car de manière cyclique, il a été marqué par des secousses violentes et depuis 1959, la courbe de ces violences est allée crescendo. Ces évènements qui ont pour ferment les changements politiques, particulièrement les élections, pourtant nécessaires dans l’évolution sociale de tous les pays, ont été accompagnés de plus en plus de violences excessives.


Le personnage de l’abbé Fulbert Youlou est, certes, lié, avec celui de son vice-président, Jacques Opangault, aux évènements douloureux de février 1959, qui  firent basculer la majorité du second en faveur du premier cité. Des émeutes eurent lieu pendant trois jours et tout de suite, les deux adversaires politiques durent  trouver une solution de compromis, en taisant leurs intérêts personnels, afin  d’épargner  aux  Congolais un bain de sang. La paix retrouvée, le gouvernement  d’union nationale formé, les contradictions et les déchirements n’avaient pas pour  autant cessé entre les deux camps, mais l’essentiel était fait de sorte que de nouvelles violences soient évitées. La persistance des désaccords fit que le vice-président Jacques Opangault donna sa démission et se retira librement à Boundji, son village natal, en 1962 pendant près d’un an.

Le président Youlou obtint son retour au gouvernement au début de l’année 1963, jusqu’au mois d’août de la même année, qui vit arriver les évènements qui balayèrent toute la classe politique ayant conduit le Congo à l’indépendance. Il s’en suivit l’exil pour lui jusqu’à la mort, en mai 1973, et la prison puis la libération pour les Opangault  Jacques, Tchitchelle Stéphane, Okomba Faustin, Ambily-Letembet, etc. Ainsi exit le  président Youlou et sa classe de la politique au Congo.

Depuis près de trois ans, le gouvernement congolais a passé une commande auprès  d’une société nord-coréenne, pour la réalisation de plusieurs monuments liés à  l’histoire de notre pays. Parmi les monuments à réaliser, figurent les statues du  président  Youlou Fulbert  et son vice-président Opangault Jacques. Cet acte  louable vient combler un vide incompréhensible dans l’histoire de notre  pays, rétablir la  mémoire  de  ces  deux  pères fondateurs, entre  autres, de notre pays, renforcer  les repères historiques collectifs d’une nation congolaise encore hélas balbutiante, voire titubante.

Un fait ne doit échapper à personne, dans tout ce processus que nous qualifierons de  «refondateur»: l’érection de la statue du président Youlou Fulbert  dont la personne avait été honnie, voire diabolisée par une frange de la classe politique congolaise dite «révolutionnaire», prouve que sa mémoire demeure bien présente et a résisté  au temps, à l’oubli ainsi qu’à certaines contre vérités. Pour tous les Congolais, il sera, désormais, clair que Fulbert Youlou est celui qui, ensemble avec sa classe politique et leurs contradictions internes plutôt résolues ont porté l’Etat congolais aux fonts baptismaux et qu’il était bel et bien le premier président de tous les Congolais, du  Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, sans contestation aucune. L’on conviendra avec moi que ce fait historique est trop important pour qu’il soit banalisé ou réduit à un quelconque fait  divers dans la vie de notre nation.


Lors de la modeste cérémonie religieuse organisée ce 5 mai 2009 à Madibou, l’ancien ministre Aimé Matsika, connu comme l’un des animateurs du mouvement  qui était à l’origine de la chute de l’abbé Youlou, a pris la parole pour décrire ses  relations, avec ce dernier; sans rien renier de son rôle actif dans les évènements de  1963, il  a,  également,  souligné le respect et l’affection réciproques qui les liaient  l’un à l’autre. Selon lui, leurs relations avaient été conservées jusques dans son exil  madrilène et les conflits politiques n’avaient pas totalement rompu les liens nécessaires entre frères, compatriotes.

Que pouvons-nous retenir, aujourd’hui, de l’héritage politique du président Youlou et de la  classe  politique  de  la  période  de  l’indépendance?


D’abord, que  la violence peut faire irruption dans chaque société, mais si l’on ne peut toujours l’éviter, il faut, néanmoins, la contenir et empêcher qu’elle ne perdure, avec son cortège de malheurs et de victimes innocentes. Par ailleurs, la résolution des problèmes politiques ne devrait engendrer d’autres frustrations, terreau favorable à d’autres violences sociales à venir.

Ensuite, cette violence politique dans notre pays doit être prévenue, combattue, tant  par les intellectuels que la classe politique qui, elle, doit rougir du fait que deux  anciens chefs d’Etat ne soient pas morts de mort naturelle et que plusieurs d’entre  eux aient connu la douleur de l’exil.


Enfin, que la classe politique congolaise, les  intellectuels, la société civile, doivent aider le peuple congolais à panser ses plaies, aider à construire une nation forte, harmonieuse, basée sur le mérite et la justice sociale, en ce 21ème siècle, dans le cadre d’une compétition saine avec les autres pays et cela pour le bien-être du  peuple congolais tout entier.

Que  la  paix  éternelle  règne  désormais  sur  le  peuple  Congolais.

Emile OPANGAULT 
Fils  du  Vice-président de la République Jacques OPANGAULT

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Par Dr LOUBELO Eugène Fernand
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